Betty tend la main tout en reculant. Visiblement, elle craint l'animal qui penche la tête doucement. Mais elle ne part plus en courant comme au début. Sa peur panique recule. La scène se déroule à l'institut médical éducatif des Sorinières (IME). Autour de Bixie, un golden retriever, et Arius, un labrador, est rassemblée une demi-douzaine d'élèves de l'établissement. Ils souffrent de diverses pathologies du comportement et de la personnalité. À leur côté, une éducatrice de l'IME et Anne-Laure Vigier, la maîtresse de Bixie et Arius, aujourd'hui thérapeutes auprès des humains.
Anne Laure Vigier est à la tête de « Lien Kanin », une association qui se donne pour objectif d'utiliser nos amis les bêtes, et en l'occurrence le chien, comme thérapie. En langage savant, ça s'appelle de la zoothérapie. Ses clients ? « Les instituts médico-éducatifs, les maisons de retraite, les foyers d'accueil pour personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. »
Un effet apaisant
« Avec les chiens, il est possible de travailler le langage, la motricité, la confiance en soi, la patience, le respect des consignes... », souligne Anne-Laure Vigier, ingénieur agronome de formation et éducatrice de chien guide d'aveugles. Bixie et Arius, très calmes, sont éduqués et formés pour accompagner des aveugles ou des personnes handicapées. Tranquilles, ils ont, en retour, un effet apaisant sur ceux qui les côtoient et, à tour de rôle, les prennent en main.
« Bixie descend, Bixie grimpe... » Chloé et Terry butent sur les mots, mais ils font beaucoup d'efforts pour verbaliser et se faire comprendre des chiens. Pour des jeunes qui ne parlent pas, voilà un progrès notable, tangible, palpable. « Les langues se délient et les visages s'illuminent », dit joliment Anne-Laure Vigier.
Tout à l'heure, Chloé et Terry insisteront beaucoup pour accompagner Anne-Laure Vigier jusqu'à sa voiture. « C'est un rituel à chaque séance ».
Les rencontres sont bâties en relation étroite avec les professionnels de l'IME aux Sorinières qui approuvent le dispositif. « C'est réellement bénéfique, souligne l'une d'elles. On travaillait déjà beaucoup avec les poneys. Aujourd'hui, on le fait donc avec les chiens, qui ont l'avantage de pouvoir être amenés dans l'établissement. Ainsi, les enfants ne perdent pas leurs repères quotidiens ». Etau fil du temps, ils en profitent. « Ils apprennent à attendre leur tour sans être agités en permanence, à dire les choses, à ne pas rester centrer sur eux-mêmes. » Et ils font une fête à Bixie et Arius à leur arrivée.
Philippe GAMBERT.