Pollution : le coup de gueule des promeneurs
C'est la colère qui l'emporte. Contre Total, les industriels et l'empire du pognon. Ambiance énervée sur les plages encore souillées de Saint-Brevin-les-Pins.
« Faudrait leur serrer la vis à tous ces gros pollueurs, c'est tout ce qu'ils méritent. Mais c'est toujours pareil, on ne les attaque jamais. C'est plus facile de faire trinquer les petits. » Coup de gueule face à l'estuaire. Le vent dans la figure, Gérard, sac à dos et parka vert, a lâché les jumelles pour planter ses yeux furibards dans les vagues. « Quand je pense à Nicolas Hulot qui récupère le fric de Rhône-Poulenc, l'un des plus gros pollueurs de la planète, pour faire ses émissions. C'est scandaleux. »
Port de Mindin à Saint-Brévin-les-Pins. Ciel bas et lourd comme un couvercle, bise à vous transpercer les os. Et pourtant, quelques courageux se sont aventurés jusqu'au rivage. Et marchent pour se réchauffer. Habitants de la région parisienne, Gérard et Martine, en vacances du côté du Croisic, sont venus voir à quoi ressemblait « l'autre côté du pont de Saint-Nazaire. » Alors ? « C'est pas joli, c'est même moche. Y'a pas de secret, quand c'est industrialisé ça peut pas être beau. »
La pollution de Total ? « Elle est difficile à évaluer. Elle sera encore plus difficile à diminuer », estime Martine en regardant au loin les nettoyeurs en ciré jaune gratter la plage armés de râteaux. Gérard pense que le nettoyage c'est une goutte d'eau dans la mer. « Bien sûr, il faut le faire mais ça reste une goutte d'eau. À notre niveau, on ne peut pas faire grand-chose hélas. Aux politiques de prendre le relais. Mais regardez le résultat, c'est presque pire après ! »
Prononcez à nouveau le mot politique et Guillaume, 17 ans, en balade avec sa mère sur la plage de Mindin, bondit. « Sarko, il fait rien pour l'environnement ! Il dit qu'il va faire des choses mais franchement, qu'est-ce qu'il fait, hein ? » En vacances depuis trois jours à Saint-Brévin, mère et fils s'apprêtent à rentrer chez eux, à Saint-Florent-le-Vieil. Un brin amers. « Cette pollution, c'est désespérant. On nous détruit la nature », lâche Marie-Christine, 44 ans, la maman. « Regardez les oiseaux migrateurs, déjà en voie de disparition, poursuit Guillaume. « S'ils viennent ici et finissent mazoutés, c'est du massacre. » Marre du décalage, aussi, entre ce qu'on lui répète à l'école et ce qu'il constate autour de lui. « On nous sensibilise à l'écologie, à l'environnement, à la citoyenneté. Et qu'est-ce qu'on voit autour de nous ? Des gens qui salissent tout en un rien de temps. »
« Il faut regarder où on met les pieds »
Agrippée à sa capuche, Nicole, 70 ans, marche d'un pas décidé sur la grève. Elle est venue prendre un bol d'air et constater les dégâts causés par la tempête. La pollution ? Grand geste fataliste de la main. « Que voulez-vous qu'on fasse ? Le mal est fait ! » Nicole avait l'habitude de venir ramasser des coques et des palourdes. « On ne peut plus pêcher. Notre voisin, qui a un bateau, est encore plus coincé. » A ses côtés, Aurore, 23 ans, de Mayenne, se sent touchée. « Je ne suis pas d'ici mais ça me fait quelque chose. L'accident de Total, on ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé. Ils peuvent toujours s'excuser. »
Tout ébouriffés, Pierre et Jackie reviennent d'une grande marche sur la plage. En 4 km, ils ont vu « quelques » boulettes sur le sable. Des sournoises, comme les surnomment Jackie, parce qu'elles « éclatent comme des bulles alors que le sable paraît tout beau, tout propre. Il faut bien regarder où on met les pieds. ». Le couple, qui adore le coin, s'est déplacé, redoutant comme au moment de l'Erika, de découvrir le pire. « Il y avait une odeur épouvantable. Là, ça ne sent pas. » Eux, ils boycottent Total depuis 15 ans. « Sans verser dans l'écologie terroriste, il faut bien se positionner. » Et trouvent désolant que « des petits bleds comme Paimboeuf s'en prennent plein la gueule. »
Isabelle MOREAU.
Ouest-France