A cette heure , nous menons 1/0 , bravo Carquefou !!!!!!!!!!!
Coup de sifflet dans les vestiaires. L'entraîneur ne rigole pas et les poussins non plus. On réajuste les protège-tibias, on arrête de faire le cake et de frimer en arborant son maillot du Galatasaraï, de Barcelone ou celui des Canaris. « Ils sont qu'en ligue 2, mais l'année prochaine, ils seront les meilleurs. »
Gem, lui, porte d'autres couleurs. Celles du « Petit prince du Vélodrome », le maillot blanc-bleu de Samir Nasri n° 22 et milieu de terrain de L'Olympic de Marseille. Alors, bien sûr, ses copains le chambrent un peu. Mais ça reste bon enfant et Didier Crinquette veille au grain : « Comme je vous l'ai déjà répété, tout va dépendre de votre comportement à l'entraînement. » Silence sur le banc. On reste figé le doigt en l'air avec la question qu'on voulait poser.
Samuel, qui avait oublié son short à la maison, s'en est fait prêter un. Yannis repose l'écharpe de la coupe dans son sac de sport... Même les mamans font silence pendant l'appel. Florian qui fouille dans son sac pour retrouver sa chaussette, Jules qui traîne un peu : « Tu as deux minutes pour te changer ! »... Sadat, Valentin, Constant... Ils sont une cinquantaine de poussins parés à en découdre et à soutenir jusqu'au bout les grands de l'USJA : « Gueben, l'attaquant qui marque et dribble tellement bien », Lufti qui vient de Bellevue et qui entraîne les benjamins le mercredi...
Surtout, pas de bleu !
Mercredi justement, ils ne rêvent que de ça les minots. Avec un peu d'inquiétude : « M'ssieur comment on se retrouvera là-bas ? Et les maillots de la coupe on pourra les garder les maillots ? » Avec de l'assurance aussi : « Marseille vraiment, ils sont très forts, mais nous, c'est autre chose. » Autre chose, c'est quoi au juste ? C'est un vrai esprit d'équipe qui gagne sur tous les terrains.
Dans le vestiaire d'à-côté, chez la quarantaine de benjamins, l'excitation est palpable. Fébrilité dans l'air et yeux brillants. « Carquefou, c'est le premier club de CFA 2 à arriver aussi loin », s'enorgueillit un des jeunes footballeurs. « On a gagné contre Nancy. Pourquoi pas contre l'OM ? », lance un autre. « Rendez-vous au stade, au club des légendes, sur le côté », prévient l'entraîneur des gamins.
Quelques regards inquiets : « Et si on ne se retrouve pas ? » L'entraîneur se marre, rassure : « Pas de panique. On arrivera bien à se repérer. Et essayer de venir avec des couleurs vertes et blanches. Évitez le bleu ! » C'est l'heure des dernières recommandations : « Surtout pas de pub sur vos maillots. On entre dans un système professionnel. On ne peut pas faire n'importe quoi. »
« Et nous, on met quoi ? », interroge un p'tit chanceux, ramasseur de balles pour « Le » match. L'entraîneur recadre : Ne pas se réjouir trop vite : « On va venir chercher le plus petit et le plus grand pour les emmener au stade. Il faut que vous soyez capables de passer au-dessus des panneaux publicitaires. Sinon, vous ne pourrez pas être ramasseur. » Guillaume, 10 ans et demi, 3 ans de foot, croise les doigts...
« Ça crée une sacrée dynamique au sein du club, soulignent Bastien et Serge, éducateurs bénévoles. Que l'USJA en soit arrivé là, c'est fabuleux. Et Marseille, c'est la cerise sur le gâteau. C'est l'équipe qui pratique le meilleur football actuellement. » Alors, leur pronostic pour ce soir ? Léger sourire. « Le seul souci, c'est combien on va leur mettre à Marseille. On va leur montrer qu'on sait recevoir. »
Yves AUMONTet Yasmine TIGOÉ.
Ouest France |