PAIMBOEUF. - Une odeur âcre et persistante. Elle provient de larges plaques, qui s'étalent sur vingt kilomètres, entre Paimboeuf et Saint-Brévin, sur la rive sud de la Loire. Dans des combinaisons jaunes très vite noirâtres, protégés de lunettes et de gants, les cueilleurs de fioul vaquent à l'ouvrage. La masse noire et visqueuse colle aux truelles et aux sceaux.
Dans ce secteur-là, l'un des plus touchés, ils sont près de deux cents à mener la bataille. Des pompiers de la Loire-Atlantique, un groupe de la Sécurité civile venu de Nogent-le-Rotrou et des civils engagés par des sociétés de nettoyage. Dont des intérimaires. Aucun bénévole. Le programme est tracé au cordeau.
« Il s'agit d'abord de récupérer les gros paquets, avant d'affiner », explique le commandant Philippe Langlois, des sapeurs-pompiers. Vingt suceuses, énormes camions-aspirateurs que l'on voit d'ordinaire déboucher les égouts, prêtent main-forte.
Quelques heures plus tard, les rochers sont enrobés de filets rose bonbon.
« Ils jouent le rôle de fitre. C'est très efficace », assure le lieutenant Le Goff, de la Sécurité civile. A la fin de l'après-midi, le bilan du secteur est de douze à treize tonnes retirées, qui viennent s'ajouter aux dix de lundi.
Pêche interditeEn face, sur la gauche, on voit nettement la raffinerie Total de Donges. C'est là que le fioul s'est échappé, lors du remplissage de l'
Ocean Quest. L'avitailleur, apponté à la raffinerie, emplissait ses soutes, dimanche. Une fuite sur une canalisation de plusieurs kilomètres a seulement été détectée vers 16 h 45. 400 à 450 tonnes avaient déjà pris la poudre d'escampette. Le gros, 300 à 350 t, a été contenu dans la raffinerie ou sur les berges. Officiellement, 100 t ont rejoint le fleuve. Les nappes sont remontées jusqu'à Cordemais (à 25 km de Nantes), avant de redescendre dans l'estuaire.
Total s'est excusé, a promis de prendre en charge la note, mais la colère n'en est pas moins vive.
« On célèbre le triste anniversaire de l'Amoco Cadiz, il y a eu l'Erika. Voilà deux ans, c'était la collision de deux chimiquiers. On a l'impression de ne jamais en sortir », peste Raymonde, venue de Saint-Nazaire.
Les représentants des associations écologistes, Loire vivante, Bretagne vivante et Ligue de protection des oiseaux, ne sont pas en reste.
« Des centaines d'oiseaux, des limicoles en particulier, sont touchés. Nous sommes en période de migration, c'est une catastrophe. »
Sur le quai de Paimboeuf, Stevens Septier regarde son bateau à couple avec deux autres. Un arrêté préfectoral vient d'interdire la pêche et les activités aquacoles. « Heureusement, la saison de la civelle tire à sa fin. On se mettait à l'alose et la lamproie. Combien de temps va durer l'interdiction, je ne sais pas ? J'ai des traites et les indemnités, on sait ce que c'est. On attend toujours l'argent pour les chimiquiers. »
Thierry BALLU et Christophe JAUNET.