 C'était l'année dernière à la mi-juillet. Le footballeur Nicolas Bonpapa, 18 ans, milieu de terrain ou arrière droit, s'en souvient comme si s'était hier. Il est en stage avec son club l'Excelsior de Saint-Joseph. Les jeunes sont coachés par Laurent Guyot, entraîneur de l'équipe des 18 ans du FC Nantes et directeur du centre de formation de ce club. « À la fin du dernier jour du stage, le coach m'a appelé et m'a proposé un contrat d'un an au FC Nantes. Je ne m'y attendais pas du tout. J'étais sous le choc. Je me sentais tout bizarre. En fait je n'arrivais pas à y croire » relate Nicolas Bonpapa. Laurent Guyot ne lui donne pas beaucoup de temps pour réfléchir à la proposition. Les entraînements au FC Nantes ont déjà commencé et il faut rapidement intégrer les nouveaux joueurs éventuels. « C'était un vendredi, il fallait que je donne ma réponse le lundi » poursuit le jeune homme. Si pour lui « c'est “oui” dès le vendredi », il en discute avec ses parents et ses proches au cours du week-end. « Ma mère chez qui j'habite à Saint-Joseph, mon père qui vit à Paris, mes amis, tout le monde m'a encouragé à partir ». Arrivé à La Réunion à 13 ans avec sa mère après avoir vécu en région parisienne « où j'ai commencé à jouer au foot à l'âge de 7 ans », le jeune homme repart donc pour la métropole. Le 29 juillet 2007 il arrive au centre de formation du FC Nantes et effectue dans la foulée son premier entraînement. « La première semaine n'a pas été facile. Je ne connaissais personne. Mon téléphone ne fonctionnait pas et je ne pouvais pas appeler La Réunion. La nourriture était vraiment différente. Je n'avais pas le moral ».
Concurrence permanente
Fort heureusement, il sympathise très vite avec Yohan Mathis, un jeune milieu de terrain saint-pierrois qui tape dans le ballon depuis qu'il a 6 ans. Formé notamment à la Saint-Pierroise le jeune garçon intègre le pôle espoir du CREPS de la Plaine des Cafres. C'est là qu'il est remarqué en 2003 par les recruteurs du FC Nantes. « À la fin d'un match, les recruteurs m'ont proposé de venir faire un stage d'essai à Nantes. J'y suis allé et à la fin du test, ils m'ont proposé un contrat de 3 ans » raconte Yohan Mathis. « J'étais obligé de dire oui. J'étais trop content. Je n'osais même pas imaginer que cela pourrait m'arriver ». Il a à peine 15 ans et même s'il était déjà venu plusieurs fois en vacances en métropole, il ne connaît pas Nantes et la rigueur de ses hivers. Surtout il n'est que très peu préparé au climat de concurrence permanente et souvent féroce qui règne au sein du groupe des jeunes footballeurs. Tous concourent pour une place en ligue 1 et les billets d'accès en équipe première sont extrêmement chers. En termes d'intégration, les deux premiers mois de Yohan Mathis au centre de formation ne sont pas faciles. « Je me demande si recruter des jeunes Réunionnais à 15 ans est une bonne chose. Ce n'est pas facile de quitter son île et sa famille pour un environnement totalement différent. Or pour pouvoir se frayer un chemin au plus haut niveau, il faut être au top au plan psychique. Il y a peut-être une réflexion à mener sur ce sujet » analyse Laurent Guyot, le coach des deux garçons. Un peu leur grand frère et leur confident aussi.
Soutien familial
« Ma famille m'a soutenu à fond et j'ai pu tenir le coup. Je ne regrette pas d'être venu et je ferais tout mon possible pour m'accrocher » note Yohan Mathis. Il a lié une solide amitié avec Nicolas Bonpapa. La semaine, leurs journées se partagent entre les stades d'entraînement et les salles de cours. Tous deux sont en terminale et scolarisés au centre de formation dans des classes de 8 élèves. « On ne nous demande pas d'avoir une moyenne de 18 sur 20 mais il faut qu'on travaille bien en classe » indiquent les deux copains. Ils révisent ensemble dans les chambres quasi monacales qu'ils partagent chacun avec un autre équipier à l'internant du centre de formation. Internet et la télévision n'ont pas droit de cité dans les chambres. « On écoute des CD de musique péi » disent-ils. Les week-ends sont libres. Les deux Réunionnais ne restent pas à l'internat, « c'est trop triste quand il n'y a personne » note Nicolas Bonpapa. Mauvais pour le moral « surtout lorsque je pense à ceux que j'aime et qui ne sont pas là » dit-il. Alors il passe ses deux jours de repos chez son père à Paris et Yohan Mathis va chez sa tante en région parisienne. Souvent ils se retrouvent dans la capitale, « pour sortir du monde du foot, voir autre chose, faire autre chose ». Parfois « on passe aussi la soirée chez ma tatie ou chez le papa de Nicolas pour manger créole et décompresser un peu » indique le jeune saint-pierrois.
« Prouver son un potentiel pour la ligue 1 »
Les entraînements ont lieu tous les après-midi et parfois le matin. Pour Yohan Mathis et les autres joueurs de 18 ans, le jour de notre reportage, le vendredi 22 février dernier, était aussi une veille de match. Yohan Mathis entrera sur le terrain en seconde mi-temps. Lui et ses coéquipiers battront Brest, qui compte 3 Réunionnais dans ses rangs -, par 2 buts à 0. Nicolas Bonpapa ne sera pas sur la feuille de match. Il est blessé au talon depuis son retour de vacances à La Réunion en janvier dernier. Il ne s'entraîne pas avec les autres. Il a un programme particulier de remise en forme. Il l'exécute à la lettre. Son contrat arrive bientôt à terme et il faut absolument qu'il fasse ses preuves au sein d'une équipe « comptant de très bons éléments » selon les propos du coach. Il ajoute « son potentiel était bon lorsque nous l'avons vu à l'Excelsior. Il est arrivé timidement à Nantes. Cela comme à aller mieux et il s'est blessé. C'est vraiment dommage. J'espère qu'on pourra le voir jouer rapidement car il va falloir que l'on se prononce sur son potentiel pour le haut niveau dans quelques semaines ». Laurent Guyot est très clair à ce propos. « L'objectif du centre de formation n'est pas de garder des joueurs uniquement pour la CFA, mais bien de déterminer si certains d'entre eux présentent un potentiel pour la ligue 1 ».
« Dur de faire sa place »
Yohan Mathis le sait. Sans doute y pense-t-il ce jour-là encore en s'entraînant d'arrache pied pour le match du lendemain. « J'espère que Nantes va me garder à la fin de mon contrat en mai prochain. Sinon j'essaierai de trouver un autre club en métropole. Si je ne trouve rien, je retournerai dans un club à La Réunion pour essayer de mieux rebondir ensuite. Mais mon objectif premier est de rester ici » avoue le jeune homme. Il ne cache pas qu'il veut faire du foot son métier. « Il a une excellente mentalité. Je ne dirais qu'il est largement en avance pour la sélection finale, mais il nous reste quelques semaines d'observation. S'il n'est pas retenu cela ne signifierait pas qu'il n'est pas un bon joueur, mais simplement qu'il faisait partie d'un groupe de très haut niveau et qu'il a fallu faire un choix » explique Laurent Guyot. Le coach dira aussi de Yohan qu'« il trop gentil dans un monde de méchant ». Le jeune homme illustrera le propos à l'entraînement. Souvent bien placé, il est pourtant régulièrement oublié par ses coéquipiers. Lesquels s'époumonent à appeler le ballon, parfois quel que soit leur placement, pendant que le Yohan Mathis reste silencieux malgré son bon positionnement. « C'est dur de suivre le rythme des entraînements, d'enchaîner les matches, de faire sa place, beaucoup plus dur que je ne le pensais. Quand je le dis à mes copains à La Réunion, ils ont du mal à me croire, mais c'est la réalité » souligne le jeune Saint-Joséphois. « À La Réunion, nous étions au-dessus du lot. Ici, il y en a plusieurs qui sont meilleurs que nous » remarque en toute modestie le jeune Réunionnais. Yohan et Nicolas seront fixés sur leur sort dans quelques semaines. Quelle que soit l'issue de leur aventure nantaise, ils auront mieux tout leur cœur et leur talent à la réussir. C'est sans doute le plus important.
Comme tous les jeunes du centre de formation du FC Nantes, Yohan Mathis et Nicolas Bonpapa ont un contrat de formation rémunéré. À ce titre, ils perçoivent 800 euros par mois. Leur hébergement, leur scolarité et leur équipement sont pris en charge par le club.
j' ai eu cette information par une de La Réunion |