CLAUDE FRANCOIS
Ses premières années
Tout commence sur les rives du Canal de Suez… sur les bords du lac Timsah en plein cœur de l'Egypte.
Claude François naît à 6 h 20 du matin, le 1er février 1939 à Ismaïlia, une petite ville toute blanche, qui a l'air perdue au milieu des sables.
Son père, Aimé François, est employé à la Compagnie du Canal de Suez. Il dirige le trafic.
Superbe villa, domestiques, luxe…
Aimé François a, de par son statut, un train de vie très confortable. Il a une situation aisée et fréquente les hauts fonctionnaires européens et la haute bourgeoisie égyptienne. Il est d'origine lyonnaise.
Son père, Adolphe, a quitté, quelques années plus tôt, la France pour s'installer et travailler à Ismaïlia.
C'est donc là qu'Aimé a grandi et c'est là qu'il a rencontré celle qui allait devenir sa femme :
Lucia, une belle Italienne de Calabre. Ensemble, ils ont d'abord eu une fille prénommée Marie-José, et c'est seulement trois ans après, que naît leur second enfant Claude Antoine Marie.
Parfum d'orient
Dès ses premières années, le petit garçon blond révèle un esprit vif, éveillé et mutin. Son enfance baigne dans une atmosphère orientale, luxueuse et dorée, malgré les fracas de la guerre qui touchent aussi l'Egypte.
C'est d'ailleurs l'une des conséquences de cette guerre, le bombardement d'Ismaïlia, qui oblige le petit Claude et sa famille à quitter leur maison détruite, pour s'installer dans celle de la grand-mère qu'il adore. Il y grandit dans l'insouciance des jeunes années.
C'est l'époque où il apprend le respect et la tolérance de ceux qui sont différents en jouant avec les autres enfants du quartier qui sont d'origines diverses.
Lorsqu'il est en âge d'aller à l'école, ses parents le mettent en pension dans une école religieuse : Les frères de Ploërmel. Finie la délicieuse cuisine orientale de sa mère, finis les câlins quotidiens de sa grand-mère. Claude découvre les règles rigoureuses de la vie en internat. Il doit se soumettre à une discipline sévère. Ce qui ne l'empêche pas de chahuter. Il confiera quelques années plus tard : « Le dortoir était immense et les mille et une péripéties qu'il suscitait compensaient de beaucoup le fait de ne pas rentrer dormir chez moi. »
La découverte d'une passion : la musique
Claude devient vite un très bon élève qui, de surcroît, suit des cours de violon. Pourtant, sa vraie passion ce sont les percussions qu'il a découvertes en tapant sur des taraboucas, ces petits tambours faits d'une jarre en terre cuite et d'une peau de mouton tendue.
À 15 ans, Claude obtient brillamment son brevet. À la rentrée suivante, il entre au lycée français du Caire. Il loge alors chez une vieille dame italienne qui habite à deux pas des studios de « Radio-Le-Caire ». Grâce à une amie travaillant dans cette station, il découvre tous les nouveaux disques venus d'Europe et d'Amérique. Claude est fasciné… Cette passion pour la musique, le conduit aussi à monter un petit orchestre avec des camarades de lycée. C'est également l'époque des premiers émois d'adolescents, des premiers battements de cœur pour le sexe opposé. Tout cela détourne un peu Claude de ses études au grand drame de son père. Malgré tout, il réussit à décrocher la première partie du baccalauréat mais rate la deuxième, l'année suivante.
L'exil
Claude est bien décidé à se présenter aux épreuves de rattrapage de septembre mais le cours de l'histoire va l'en empêcher.
En effet, nous sommes en 1956. Le colonel Nasser ne veut plus de colonialisme européen. Il décide de nationaliser le canal de Suez. Le désordre s'installe en Egypte. Comme tous les colons, les François doivent quitter la mort dans l'âme, cette terre d'Egypte qu'ils aimaient tant ! Ils rejoignent alors la France. Claude avouera plus tard :
« Être obligé de quitter son pays natal pour des raisons qui, lorsque vous êtes adolescent, vous sont extérieures, est très difficile. Pourtant, déracinés, nous sommes partis d'Egypte laissant tout derrière nous… Dans le bateau qui nous emmenait au Havre, je sentis mon cœur se déchirer lentement… Je quittais l'insouciance, la facilité, et surtout, l'adolescence.
Afin que la traversée soit moins pénible, je tentais de m'intéresser à tout ce qui se passait autour de moi. À mes côtés, ma mère regardait au loin l'horizon dont nous nous éloignions.
Dans ses yeux, je voyais l'Egypte et les regrets… »
L'arrivée en France…
Après un court passage, à Paris où ils apprennent que la compagnie du canal ne peut plus rien pour eux, la famille François rejoint la Côte d'Azur et s'installe à Monte-Carlo, où vit déjà Josette, la sœur aînée de Claude qui vient de se marier. Aimé François vit très mal ce « déracinement ». Il ne trouve pas de travail à la mesure de ses capacités et sombre dans une dépression. Pour subvenir aux besoins de la famille, Claude accepte un poste d'employé de banque qu'il abandonne assez vite pour devenir batteur dans un orchestre de Radio Monte-Carlo en 1959. Ce nouvel emploi de « saltimbanque » ne plaît pas beaucoup à Aimé François qui espérait pour son fils un avenir plus sérieux d'ingénieur ou de banquier respectable. Entre le père et le fils, la rupture est consommée… Seule sa mère, qu'il surnomme tendrement « Chouffa », croit en lui et l'aide dans ces moments difficiles. |