C'est quand même une curieuse histoire. Un quart de finale de Coupe de France, à la Beaujoire, à guichets fermés (36 500 spectateurs), sans le FC Nantes et avec deux adversaires séparés par quatre divisions, mais reliés par le fil d'une situation douloureuse en championnat. Carquefou - Paris, c'est l'improbable choc entre un anonyme de CFA 2 et la tête de gondole de la L1. Un match à sensations fortes, un pic d'audimat assuré, au moins au coup d'envoi, pour France télévision. Mais c'est aussi, potentiellement, un épiphénomène que les deux clubs pourraient regarder d'un oeil humide, dans quelques semaines. Car la DH pend au nez de l'USJA (14e), comme la L2 à celui du PSG (18e).
Pour autant, le rapport qu'entretiennent les deux clubs à cette confrontation n'a pas grand-chose en commun. À Carquefou, on peut encore s'autoriser un peu d'autodérision et, surtout, beaucoup d'enthousiasme. « C'est quand même sacrément drôle tout ça, se bidonnait ainsi Denis Renaud vendredi dernier en conférence de presse. Avant, tu collais des images Panini de l'OM dans ton album, et là, t'as réussi à les faire tomber. Et maintenant, tu joues contre Paris. » Des Parisiens qui, eux, ont perdu tout sens de l'humour en repassant, dimanche soir, après leur défaite au Parc contre Nice, sous la ligne de flottaison.
Pour Paul Le Guen, ce quart de finale est forcément un pensum. Un rendez-vous dans lequel, comme le dit le gardien carquefolien Alban Joinel, « le PSG a tout à perdre ». Déjà vainqueur de la Coupe de la Ligue, le club de la capitale n'a plus qu'une idée en tête : sauver sa peau en L1. Gagner ne lui apporterait rien. S'incliner, en revanche, reviendrait à porter un faux de plus, celui du ridicule.
Le PSG bis, un cadeau empoisonné
Les Carquefoliens, eux, ne craignent finalement que de s'incliner lourdement. « Prendre une banane », dans le glossaire de l'impayable Joinel, gardien mobile et agent immobilier. Mais quand bien même cela arriverait, personne ne leur en voudrait. Les amateurs, tombeurs de Gueugnon, Nancy et Marseille, ont déjà fabriqué des souvenirs savoureux. Dès lors, eux qui consentent être « un peu émoussés physiquement », peuvent se jeter dans cette nouvelle bataille. Sans arrière-pensées, mais certainement pas sans plan.
Car s'il estime que le PSG, avec « sa cohérence collective », est l'équipe professionnelle qui lui a donné le plus de fil à retordre dans sa préparation, Denis Renaud n'est pas genre à gravir l'Himalaya en tongs. Le coach a noirci des cahiers et joué les tribuns pour fomenter « un deuxième casse », disputer à fond « cette chance sur 100 ou 200 de passer à nouveau ». Une probabilité qui n'aura pas varié au fil des conjectures sur la composition parisienne. Un débat en trompe-l'oeil. « Quand on a battu Marseille, certains m'ont dit que si Cheyrou et Valbuena avaient joué, nous aurions été plus en difficulté, soupire Denis Renaud. Moi, je m'en fous, on a battu l'OM, et c'est ne rien connaître au foot que de raisonner comme ça. » Car un PSG composé de joueurs condamnés le plus clair du temps, à ramasser les miettes de temps de jeu, peut même être plus dangereux. « Beaucoup d'entre nous sont passés par un centre de formation, expliquait ainsi Sébastien Le Paih, le capitaine carquefolien. Alors, on sait ce que c'est, d'avoir une toute petite fenêtre pour se montrer. »
Dans tous les cas de figure, le PSG, qui sera « forcément un peu moins surpris que les autres » (Le Paih) reste donc le grandissime favori. Un club de L1, avec les contraintes de « pressing » que cela suppose : « si tu n'arrives pas à régler ce problème, tu vis un vrai cauchemar. » Ça peut arriver. Même si personne n'en a envie. Dans cette catégorie d'histoires là, les plus longues sont les meilleures.
Pierre-Yves ANSQUER.