Deux ballons vert et blanc accrochés au fauteuil roulant, Monique, 64 ans, traverse le marché.
« Alors, on a gagné ! », lance-t-elle à une poignée de supporters, écharpe au cou. Ce matin, Carquefou s'est réveillé le sourire aux lèvres, les traits tirés, après une courte nuit, mais la sensation d'être sur un petit nuage. Rêve éveillé d'une ville de 17 000 habitants transportée du jour au lendemain sur les ondes nationales.
« Le public : le douzième homme »
Les caméras ont assailli le marché où
« l'on ne parle que de ça ». De quoi ?
« De l'exploit d'hier », souffle un habitant. Ici, l'écharpe verte de l'USJA Carquefou est en rupture de stock. À la sortie de l'école, Valentin l'a autour du cou. Sur les fenêtres sont punaisés des maillots en papier fabriqués par les enfants. Charlène, 7 ans et Florian, 9 ans, peu intéressés par le foot d'ordinaire, ont
« rouspété leur mère de ne pas les avoir emmenés à la Beaujoire ». « Ils ont écouté le match à la radio, raconte la maman, presque étonnée de s'être prise au jeu.
Pourtant, Marseille, c'est une équipe au top. À côté, on est une petite ville...
»
Au bar Le Dauphin, les Carquefoliens savourent la victoire et en oublient la fatigue. Tous supporters du club qui a réalisé « l'exploit », battre l'OM.
« Carquefou s'est pas réveillé, on a très peu dormi », glisse Cyril, 30 ans, en sirotant un verre au comptoir.
« C'est énorme. Ni la ville, ni les joueurs ne s'attendaient à un truc pareil », ajoute-t-il. Son copain, Fabrice, 35 ans, rivalise de superlatifs. Il vibre encore après l'ambiance
« magique » au stade de la Beaujoire la veille.
« Il y a une attraction de fou autour du foot. Dommage qu'ici on n'ait pas la culture du foot comme Marseille ou Saint-Etienne. »
Jacques, commercial, s'est improvisé supporter de foot pour une soirée.
« Hier soir, il y avait un douzième homme : le public. 95 % des supporters étaient pour Carquefou. » Dès ce matin, ils ont reçu une foule de messages de félicitations de collègues et amis. Fabien, la trentaine, s'installe à leur table.
« Le prochain match, j'y vais. Même si je bosse, je m'arrangerai. » On passe en revue les équipes que pourrait affronter Carquefou.
« Le PSG, ce serait bien. C'est un club mythique. » Le président de l'USJA croule sous les textos de félicitations. De Suisse, du Sénégal, de Roumanie... Et même de Chine !
« 38 000 personnes dans un stade heureux, ça suffit à notre bonheur », s'enthousiasme Michel Auray, fier
« de ces gamins de la banlieue nantaise ».
« Bravo Alban ! Superbe ! »
Soudain, une rumeur dans l'établissement.
« C'est le gardien », crie un supporter.
« Bravo, superbe, Alban ! » Joinel, l'homme qui s'est montré décisif, vient de faire son entrée.
« Ton papa doit être content », lui glisse-t-on à l'oreille (il est le fils de l'international de rugby). La nouvelle star ne réalise pas encore bien ce qui lui arrive.
« Peu importe contre qui on tombe. On continue notre ature. Même si on se fait sortir, on ne pourra pas nous enlever ce qu'on a fait. »
Le gardien de buts montre sa menthe à l'eau.
« Hier, on a fait la fête au Bistrot moules, notre QG à Nantes, jusqu'à pas d'heure. » Dans la vie, Alban est agent immobilier.
« Mon patron m'a donné une journée de congé. » De quoi flotter encore un peu et répondre aux sollicitations des journalistes.