« Catastrophe, catastrophe, catastrophe. » Cet habitant ne trouve pas d'autres mots. Sur les quais de Paimboeuf, l'indignation et la colère reviennent en écho chez tous les curieux venus se rendre compte de l'ampleur de la pollution. Ils sont tenus à l'écart des zones de nettoyage. Sous leurs yeux, les nettoyeurs en combinaison jaune ou blanche vident des sceaux de mazout dans des bennes de tri. Les appareils photos immortalisent l'événement.
« Merci Total », assène un promeneur en pointant du doigt la raffinerie de l'autre côté de la Loire.
Le rivage de Paimboeuf est le site le plus touché par la pollution.
« Regardez-moi ça, ces nappes de fioul gluantes. Ça me dégoûte, c'est écoeurant », se désole un Paimblotin. Daniel est volontaire :
« Si on me donne une combinaison, j'y vais...
Quand c'était l'Erika, j'ai participé au nettoyage. » Mais là, aucun bénévole n'est autorisé.
À la boulangerie, on s'inquiète des éventuelles répercussions économiques et touristiques. Cette pollution est forcément un coup dur pour l'image du secteur.
« C'est bien moche, ça casse l'image de la côte », réagit la boulangère. Au Café de la Loire, les clients fustigent Total.
« C'est toujours pareil, les riches polluent et les pauvres nettoient. Quand Total dit qu'il paiera, on n'y croit plus. C'est de la fumisterie. » Ici, beaucoup estiment que
« Total minimise cette pollution ». « C'est bien beau de donner de l'argent après l'accident. Ce serait plus intelligent de dépenser cet argent avant, pour éviter la catastrophe et protéger la nature. »Si l'indignation est bien compréhensible, les dégâts ne sont pas comparables avec ceux de l'
Erika. N'empêche,
« c'est encore la faune et la flore qui trinquent pour la bêtise humaine », constate un promeneur.
La pêche est aussi touchée de plein fouet. Un arrêté préfectoral l'interdit jusqu'à nouvel ordre.
« C'est simple, je me retrouve au chômage. » Florian devait commencer son travail de matelot sur un bateau de Paimboeuf mardi matin.
« J'ai été reçu à l'examen vendredi. Voilà. Comme faut bien travailler, je vais aller voir ailleurs...
»Le maire de Paimboeuf, Michel Bahurel, se serait bien passé de cette publicité. Surtout avec un projet de port de plaisance dans les cartons juste à l'endroit où les vagues de fioul se déposent.
« Forcément il y a de la colère, commente le maire.
Mais il faut rester calme. Aujourd'hui, le but n'est pas de trouver un coupable, mais de réparer très vite les dégâts. En sachant qu'une pollution n'est jamais réparée à 100 %. » Lui aussi relativise.
« Rien à voir avec l'Erika. » Il met en garde la population.
« Évitez d'aller sur les zones polluées pour laisser travailler les services d'urgence spécialisés. » Il espère que le gros de pompage et de nettoyage des enrochements sera terminé vendredi soir... avant le long week-end de Pâques. Dans la foulée, il faudra s'attaquer aux roselières.
Thierry BALLU, Christophe JAUNET, Cyrille PITOIS et Frédéric SALLE.Ouest-France